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Intérimaire: juste un salaire ou un salaire juste?

Ces dernières années, le secteur de l’intérim reprend de la vigueur et s’impose comme un acteur de plus en plus important sur le marché du travail. Le travail intérimaire a connu une hausse de 9,3% de son activité en 2016, troisième année de croissance consécutive. L'intérim a crû de 32% sur cette période. Au total, 652 338 travailleurs ont presté au moins un jour en tant qu'intérimaire, soit 109 399 équivalents temps plein. Il faut noter que le travail intérimaire est fort dépendant de la conjoncture économique : les intérimaires sont les premiers licenciés en cas de crise, et les premiers engagés quand la croissance économique reprend.  
Au-delà des chiffres,  la fédération des employeurs des agences d’intérim (FEDERGON) aime communiquer sur les « success stories » et les belles histoires d’intérimaires qui ont pu « rebondir » grâce à l’intérim ou qui y ont trouvé des opportunités fabuleuses pour réorienter leur carrière. Il est vrai que les travailleurs peu qualifiés et discriminés  sur le marché du travail sont surreprésentés dans le travail intérimaire…
A la CSC, nous voulons faire entendre un autre son de cloche : le travail comme intérimaire est et reste un travail précaire, de par son insécurité d’emploi et de par ses conditions de travail et de rémunération. Pendant le mois de mai 2017,  les différentes organisations de la CSC vont mener des actions en se focalisant sur un aspect central du travail intérimaire: la rémunération. Nous exigeons un juste salaire pour les intérimaires plutôt qu’un salaire un peu juste. En effet, le travailleur intérimaire, est théoriquement protégé par l’article 10 de la Loi de 87 sur le travail intérimaire : 
« La rémunération de l'intérimaire ne peut être inférieure à celle à laquelle il aurait eu droit s'il était engagé dans les mêmes conditions comme travailleur permanent par l'utilisateur. »
Ce principe ne s’applique pas seulement aux salaires, indemnités et conditions de travail établis sur le plan sectoriel (conformément aux conventions collectives de travail conclues au sein de la Commission Paritaire de l’utilisateur), mais aussi à tous les suppléments et indemnités fixés au niveau de l’entreprise, auxquels les travailleurs permanents ont droit (prime d’équipes, frais de déplacements, chèques-repas,etc.).
En pratique, nous constatons que sur le terrain il en va autrement. Selon une enquête menée par HIVA (centre de recherche de la KUL) en 2013, les intérimaires sont en moyenne payés 22% de moins que les autres travailleurs. Le salaire moyen de l’intérimaire étant alors de 2123 euros brut. Cet écart significatif par rapport au niveau général des salaires augmente avec l’âge des intérimaires. Au niveau sectoriel, ces différences ont été objectivées par l’enquête avec le tableau ci-dessous.

Comment est-ce possible ?

Nombre d’entreprises utilisatrices n’octroient pas les mêmes avantages extralégaux. Des primes ou des sursalaires octroyées aux travailleurs fixes sont « oubliées » quand il s’agit des intérimaires. L’ancienneté n’est pas toujours reconnue, ce qui a un impact sur la carrière et la pension. La liste des abus est longue et sans cesse renouvelée. En fait, la loi balise assez bien ce qui doit être les conditions de rémunérations des intérimaires. Le problème réside dans l’application de la loi. Il n’est pas toujours évident pour un travailleur fixe de recevoir tous les avantages auquel il a droit.  Pour l’intérimaire, la situation est encore plus compliquée : il change de secteur et d’entreprise fréquemment, il ne connait pas bien ses collègues et les avantages auxquels ils ont droit, il ne veut pas « faire de vagues » auprès de l’utilisateur de peur de perdre son emploi, il ne veut pas non plus froisser l’agence qui a le pouvoir de lui procurer les futurs jobs…
Ce n’est pas un hasard si le travail intérimaire progresse tellement : pour certains employeurs peu scrupuleux, et malgré le coût payé à l’agence, l’intérimaire reste une solution avantageuse aussi d’un point de vue financier. Vu son isolement, il est une proie facile pour un employeur et pour l’agence d’intérim, qui feront tout pour minimiser ses coûts. Les avantages étant différents d’une commission paritaire à l’autre, d’une entreprise à l’autre, il est tout sauf évident pour l’intérimaire de s’y retrouver et de faire valoir ses droits.  En France, les intérimaires ont droit à une prime de précarité à la fin de chaque mission, ce qui est bien la preuve que le travail intérimaire est un statut précaire, qui mérite d’être limité et amélioré. 
Alors que le secteur intérimaire veut banaliser et étendre le travail intérimaire en le rendant permanent via le contrat à durée indéterminée pour les intérimaires, il nous semble important de rappeler que le travail intérimaire doit rester une exception, un moyen temporaire de s’adapter à une situation exceptionnelle. Nous avons décidé de mettre le focus sur 10 composantes de la rémunération de l’intérimaire. Il y en encore d’autres qui ne sont pas évoqués (primes de fin d’année, prime syndicales, complément en cas de chômage économique, vêtements de travail…) mais vous pouvez retrouver ces informations sur notre site ou en vous adressant directement aux délégués et dans les centres de services.
Tous les exemples cités sont véridiques, et certains de ces cas ont été traités en commission des bons offices du travail intérimaire. Cette commission traite paritairement des cas litigieux, avant d’aller éventuellement au tribunal du travail. Nous avons toutefois fait le choix d’anonymiser les exemples (les prénoms ont aussi été changés) pour ne pas porter un préjudice supplémentaire éventuel à nos affiliés.