L’allocation de garantie de revenu reste menacée

Déjà rabotée en 2015, l’allocation de garantie de revenu (AGR) est dans le collimateur du gouvernement. Cette allocation est versée par l’Onem aux personnes qui travaillent involontairement à temps partiel, pour compléter et garantir leur revenu. La CSC se mobilise. Exemple à Namur.
L’allocation de garantie de revenu (AGR) est versée par l’Onem aux personnes qui ont un travail à temps partiel involontaire, pour compléter leur salaire. C’est une allocation indispensable pour que ces personnes n’aient pas un revenu inférieur à celui des chômeurs complets indemnisés, et éviter ainsi un piège à l’emploi. Pourtant,le gouvernement fédéral envisage de diminuer cette allocation de moitié après deux ans de bénéfice. La mesure figure dans sa déclaration gouvernementale de 2014 et il était question qu’elle entre en vigueur le 1er janvier dernier. Pour le moment, le gouvernement s’occupe d’autres dossiers et n’en parle plus. Mais la diminution de l’AGR menace toujours et cela suscite l’angoisse et la colère des travailleuses et travailleurs concernés.
À tour de rôle, les fédérations régionales de la CSC invitent donc les bénéficiaires de l’AGR à une assemblée d’information. Après Bruxelles et avant Mons-La Louvière, la CSC de Namur-Dinant a réuni ses affiliés le 12 janvier dernier. Les Femmes CSC sont à la manoeuvre, car, parmi les 50.702 personnes qui perçoivent une AGR, il y a 78% de femmes, dont 51% sont cheffes de ménage.

Temps partiel en hausse

Le travail à temps partiel est en augmentation dans notre pays. «Aujourd’hui, en Belgique, le temps partiel concerne 44% des travailleuses et 10% des travailleurs. Mais seulement 8% des personnes à temps partiel l’ont volontairement choisi, explique Claire Berlage, responsable des Femmes CSC de Namur-Dinant. Pour les autres, c’est du temps partiel involontaire. C’est le cas de tous les bénéficiaires de l’AGR
Ces personnes sont actives dans des secteurs comme le nettoyage, l’horeca, le transport, où les employeurs refusent d’engager à temps plein mais ont des exigences de polyvalence accrues. Dans ces secteurs, l’emploi est précaire et les salaires peu élevés. L’AGR versée par l’Onem à titre de complément de salaire permet aux bénéficiaires de ne pas avoir un salaire inférieur aux allocations de chômage, tout en travaillant. Du coup, les personnes qui perçoivent une AGR sont concernées par la réforme de la disponibilité des chômeurs. En effet, bien qu’elles travaillent, le gouvernement les considère comme des demandeurs d’emploi, puisqu’elles perçoivent une allocation.
Selon leur âge et leur horaire de travail, elles sont donc tenues de justifier d’une recherche d’emploi et de répondre aux offres du Forem. «Pour les personnes dont l’horaire change régulièrement, c’est une aberration, mais le gouvernement n’en tient pas compte» précise Claire Berlage. 

Des attaques cumulées 

Mais ce n’est pas la seule mesure qui a affecté les bénéficiaires de l’AGR. Leur allocation a été attaquée en 2015, quand le gouvernement a décidé d’en revenir à la méthode de calcul pratiquée en 2008, ce qui a diminué le montant de l’allocation. Si après cela le gouvernement mettait en oeuvre en 2018 son intention de diminuer l’AGR de moitié après deux ans de bénéfice, la perte de revenu serait terrible pour les personnes concernées (voir tableau). De plus, ces travailleurs ont subi, comme tous les autres, le saut d’index de 2%. L’appauvrissement est donc déjà bien là, avec ses conséquences néfastes sur les familles et les enfants. Et il se répercutera tout au long de la vie, puisque la diminution du revenu aura des répercussions sur la pension. 

Se mobiliser 

Claire Berlage rappelle que, dans sa déclaration gouvernementale, le gouvernement fédéral a inséré de belles déclarations d’intention sur la lutte contre la pauvreté et l’importance d’introduire la dimension du genre (égalité hommes-femmes) dans les politiques. Déclarations qui, jusqu’ici, ne sont pas suivies d’effet…
Pourtant, des outils existent. La convention collective de travail (CCT) n°35 donne la priorité aux personnes déjà engagées à temps partiel dans l’entreprise quand un emploi à temps plein se libère. Mais la CCT n’est pas contraignante et beaucoup d’employeurs ne la respectent pas. Pourquoi ne pas la rendre obligatoire? Et pourquoi ne pas aller chercher, là où il se trouve, l’argent pour payer de meilleures allocations? Il suffirait de mettre en oeuvre une fiscalité juste… «Le gouvernement n’a pas encore adopté cette mesure. Certains chefs d’entreprise, certains bourgmestres, y compris au MR, n’y sont guère favorables, souligne Thierry Jacques, secrétaire fédéral de la CSC de Namur-Dinant. Il faut donc continuer à se mobiliser. Les rapports de force existent et ils sont utiles.»

Julie a 31 ans et deux enfants

«J’habite Floreffe, j’ai 31 ans, deux enfants de 5 et 10 ans, et je suis cheffe de ménage. Depuis neuf ans, je suis technicienne de surface dans un home à Salzinnes. J’ai un contrat de 20 heures/semaine. Chaque jour, je commence à 9h et je termine à 13h15. Je souhaite prester plus d’heures et j’en ai déjà fait la demande, mais le home refuse. Motif: en cas d’absence, c’est plus facile de remplacer un mi-temps qu’un temps plein. Mais il est vraiment difficile de cumuler deux emplois quand on a des enfants. Cumuler deux emplois, ce serait commencer dans l’après-midi et terminer à 21h. Avec les enfants à l’école, ça ne va pas. Il y a une vie en dehors du travail!
Je gagne 900 euros par mois, plus l’AGR. Si on la réduit de moitié, je serai vraiment dans le pétrin! Je dois payer le loyer, la voiture (indispensable pour le boulot) et tous les frais pour les enfants et pour moi… Ce serait une mesure complètement injuste! C’est pour cela que j’ai décidé de m’engager et de devenir déléguée à la CSC. Je veux contribuer à faire bouger les choses.»

Vincent est pâtissier de formation

«Pâtissier de formation, je ne peux plus travailler dans ce secteur car je souffre de problèmes graves aux poumons et la farine est toxique pour moi. Je me suis donc réorienté et suis conducteur de car scolaire. J’ai un CDD de 20 heures par semaine avec des horaires coupés. Entre les tournées, j’ai du temps libre, mais pas assez pour obtenir un second mi-temps. Et surtout, mes horaires changent régulièrement et je n’apprends que la veille quel sera l’horaire du lendemain… Au total, je gagne 1.500 euros par mois. Mais j’ai 120 euros de frais de déplacement non remboursés. Si l’AGR est diminuée de moitié, travailler deviendra trop coûteux pour moi!»

Athéna est maman célibataire

«Je suis maman célibataire. Depuis 2004, j’ai un contrat de travail de 25 heures/semaine au SPF Finances. Les agences de titres-services à qui je me suis adressée pour avoir un second mi-temps refusent. Elles me disent qu’un décret donne la priorité aux chômeurs complets et aux personnes émargeant au CPAS. Si l’AGR diminue de moitié, je gagnerai moins qu’un chômeur complet. Nous sommes des milliers de personnes à craindre cette injustice. Il faut vraiment faire bouger les choses, car il y a bien trop de précarité dans nos vies de petits travailleurs.»