Non aux discriminations des femmes et pensionnés !

Non à la discrimination des femmes et pensionnés
Le ministre des Pensions ajoute une discrimination à une injustice. Il affecte mal une enveloppe de 25 millions qui devait corriger les effets pervers du glissement fiscal pour les pensions les plus basses. Les syndicats ont protesté devant son cabinet et exigé de véritables corrections.
Choisir entre se nourrir et se chauffer, se chauffer ou se soigner, c’est indigne! Pourtant, c’est ce que vivent un certain nombre d’allocataires sociaux dont beaucoup de pensionnés et surtout de pensionnées. Toutes ces personnes paient le prix fort du soi-disant glissement fiscal (tax shift) décidé par le gouvernement. Face aux protestations des syndicats et des associations de seniors, le gouvernement a dégagé une enveloppe de 50 millions pour des corrections sociales en faveur des plus démunis: il propose en effet d’affecter 25 millions à l’augmentation du RIS (revenu d’intégration sociale) et 25 millions aux pensions les plus basses. 
L’idée aurait pu être bonne si le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine, n’ajoutait pas une nouvelle discrimination à une situation déjà injuste. Pour accorder la correction en faveur des pensions les plus basses, il veut introduire une condition: la pension doit être complète (45 ans de carrière) avec un nombre minimum de jours réellement prestés. 

Non, mille fois non!

Dans les faits, cette condition prive de très nombreuses personnes du bénéfice de cette correction: seuls 13% des pensionnés bénéficieraient de la mesure.  En effet, peu de pensionnés peuvent prétendre à une carrière complète. C’est le cas d’une majorité de pensionnés - la plupart étant des femmes-, mais aussi de beaucoup de prépensionnés et de demandeurs d’emploi, de nombreux malades, de victimes d’accidents de travail ou de maladie professionnelle. Pour la CSC, la mesure est intolérable. 
Le 28 janvier dernier, un groupe de militants a donc organisé, en front commun, une action ludique devant le cabinet du ministre des Pensions, rue des Petits Carmes à Bruxelles. Ils ont dit haut et fort leur absolue opposition à cette nouvelle injustice. Pour eux, c’est non, mille fois non à cette mesure.

Une pauvreté accrue

Cette soi-disant «correction sociale» est une véritable gifle pour des personnes qui n’arrivent que péniblement à nouer les deux bouts et dont les revenus ont été durement touchés par les mesures prises par le gouvernement: le saut d’index de 2% a raboté leur pouvoir d’achat alors que les prix augmentent. La hausse de la TVA sur l’électricité et la hausse des accises se sont répercutées sur leurs factures. Les bénéficiaires d’allocations sociales n’ont bénéficié  d’aucune correction fiscale et ont au contraire payé plus d’impôts puisque le crédit d’impôt n’a pas été augmenté. 
Les militants syndicaux rappellent que les pensions belges figurent déjà parmi les plus basses d’Europe. Des hommes et des femmes qui ont travaillé toute leur vie doivent vivre avec une pension de moins de mille euros/mois, pour certains de 800 euros/mois voire moins encore! Dès lors, les trois syndicats revendiquent une véritable compensation sociale pour les pensions et pour l’ensemble des allocations. C’est la seule manière de neutraliser l’augmentation des factures vécue de plein fouet par les personnes qui perçoivent une allocation et de lutter contre une pauvreté accrue. 

Femmes en ligne de mire

Dans toute cette histoire, ce sont les femmes qui sont les principales perdantes. Elles ont rarement une pension complète et ayant généralement des salaires plus bas, elles touchent ne touchent que de très petites pensions. Il leur est donc particulièrement difficile de joindre les deux bouts. Ainsi, en 2014, 75% des femmes qui sont parties à la pension n’avaient pas une carrière complète (ceci comprenant les périodes non-travaillées, mais assimilées)
La CSC demande, en front commun, la fin de toutes les discriminations qui existent sur le marché du travail afin que les femmes puissent avoir la perspective d’obtenir une pension égale à celle de leurs collègues masculins. Alors que l’âge de la pension a été relevé à 67 ans (en 2030), les mesures de protection sociale – et donc toute la protection sociale des femmes pensionnées – sont ébranlées. La CSC a déjà proposé des alternatives plus équitables, comme l’augmentation du pécule de vacances ou la revalorisation des pensions les plus anciennes. Mais le gouvernement a fait la sourde oreille et préféré une mesure discriminatoire et inéquitable.  
Le ministre opte pour la fuite en avant et essaye de détourner l’attention des médias en proposant de majorer les pensions les plus élevées. "Cette opération doit être neutre sur le plan budgétaire", dit le ministre. Autrement dit : le relèvement des pensions les plus élevées sera financé par les pensions plus basses. La CSC est évidemment en faveur de pensions légales substantielles. Cette nouvelle proposition n’est toutefois qu’une solidarité inversée. Les pensions les plus élevées dans le secteur privé s’accompagnent d’ailleurs souvent d’une pension complémentaire non négligeable. Des défis bien plus importants doivent être relevés dans le cadre de la pension légale. L’augmentation du taux de remplacement de toutes les pensions, par exemple.