Climat: un accord historique mais insuffisant!

Environnement Go Green
L’adhésion de la société n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui pour parvenir à un accord juste, ambitieux, contraignant et global. Au lancement de la conférence sur le climat, 150 dirigeants mondiaux se sont rendus à Paris. L’un après l’autre, tous ont souligné l’importance de conclure un accord efficace pour combattre le réchauffement climatique. Le texte qui a été approuvé est le meilleur accord possible. La présidence française a réalisé un véritable exploit qu’il convient de saluer. Mais cet accord ne suffira pas pour le climat. La transition vers un avenir bas carbone et sûr, avec 100% d’énergies renouvelables, a déjà commencé dans des entreprises progressistes, dans de nombreuses organisations et chez des citoyens préoccupés par ces questions. Les responsables politiques des 195 pays ont toutefois manqué une occasion historique de prendre politiquement les rênes de cette transition.

L’absence de contrainte ne sauvera pas le climat 

Cet accord vise à prévenir le dangereux impact du réchauffement. Les climatologues précisent que le réchauffement doit être limité à 1,5° C. Pour y parvenir, nous devons évoluer vers une société sans carbone d’ici à la fin du siècle. L’accord sur le climat reste nettement en deçà de cet objectif. Il s’engage uniquement à réduire les émissions ‘le plus rapidement possible’ pour parvenir ensuite à les équilibrer au cours de la deuxième moitié du siècle. Ce faisant, cet accord peut ouvrir de gigantesques brèches permettant d’appliquer des mesures en matière de capture et de stockage de carbone et de géo-ingénierie qui aujourd’hui ne sont ni testées ni prouvées à grande échelle.
L’objectif à long terme de limiter le réchauffement à 1,5°C, fixé dans l’accord, est louable mais se résume à un vœu pieux parce qu’il n’est assorti d’aucune mesure. Les ministres reconnaissent que leurs engagements communs dans cet accord sont largement insuffisants pour résoudre la problématique climatique. Mais, ils ne sont pas pressés d’y remédier. 
En 2018, ils entameront un dialogue pour évaluer leurs engagements. Les pays ne seront pas contraints de revoir leur copie avant 2020, alors qu’ils avouent déjà aujourd’hui qu’ils n’atteindront pas leurs objectifs. Ils ne feront le bilan qu’en 2023 puis, tous les cinq ans.

Sans fonds supplémentaires, nous courrons à l’échec 

Les pays en développement ont droit au soutien financier des pays développés pour assurer la transition vers une économie bas carbone, pour s’adapter au changement climatique dont ils sont les principales victimes et pour être indemnisés des dommages qu’ils subissent déjà. Malgré la promesse de la chancelière allemande Angela Merkel notamment qui affirmait dès l’ouverture «What we promised in Copenhagen we have to deliver here»,  l’engagement de l’ensemble des pays développés de verser chaque année 100 milliards de dollars à partir de 2020 dans le cadre du financement climatique ne figure pas dans l’accord. Il stipule uniquement que le financement doit être ‘adéquat’. Ces 100 milliards par an ne sont pas repris dans l’accord (qui est juridiquement contraignant), mais uniquement dans la 2ème partie du texte, appelée «décision». Du reste, ils avaient déjà pris cet engagement auparavant à Copenhague en 2009. 

Pas de place pour les droits de l’homme ou la transition juste 

Bien que le président français, François Hollande, ait affirmé que la COP21 constituerait une nouvelle étape pour les droits de l’homme, toute référence à la nécessité de respecter les droits de l’homme dans le cadre de toutes les politiques climatiques a été retirée de l’accord. Au début des négociations, le projet d’accord comportait encore un grand paragraphe qui faisait référence aux droits de l’homme, aux droits des populations autochtones, à l’égalité des genres et à une transition juste pour les travailleurs permettant de créer des emplois décents et de qualité. 
Ces phrases ont été retirées, sous la pression des pays arabes surtout. Les vagues de protestations d’une très large coalition d’organisations n’ont eu aucun effet. 
Fort heureusement, l’avant-propos de l’accord comporte une référence aux droits fondamentaux, notamment la transition juste pour les travailleurs. Ce retrait suscite toutefois un sentiment de malaise: comment obtenir le soutien de la population pour la politique climatique si les droits de l’homme fondamentaux ne sont même pas garantis? Le fait que l’implication et le rôle des travailleurs ne soient pas explicitement reconnus dans la partie opérationnelle de l’accord constitue également une déception pour les mouvements des travailleurs partout dans le monde. Nous avons seulement été écoutés, mais les intérêts des travailleurs ne seront pas pris activement en considération et suivis dans le cadre de la politique climatique internationale.
Pour plus d’informations: Bert De Wel, conseiller du Service d’études de la CSC, 0473 82 00 97